EMBOUCANEMENT
LA COLOMBE ENRAGEE
Résidence du :
27 avril - 1er mai
" C'est le tout début de la création. Ce sera donc une sorte de labo de recherche."
Chorégraphie - Maryem Dogui
Danse - Fanny Delépine, Kynsie Serre, Marthe Mosser, Melissa Wyns, Noah Fiossi
Musique et son - Leon Lia et Mélio Thomas
Costumes - Récolte studio (Morgane Rozès et Paul Laburre)
Production/diffusion - Louv Barriol
Production déléguée - Les Thérèses
Boucan déambulatoire pour la rue
OCCITANIE - Haute-Garonne

"Avec cette nouvelle création on a envie de reprendre la rue.
Brute, comme à notre commencement.
La rue, espace des pauvres, des racisé·es, des fous, des folles...
Des marginaux.
La rue dans laquelle, là aussi, les hors-normes sont chassé.es, effacé·es, supprimé·es. Cette rue que nos politiques souhaitent polir, rendre propre. Un lieu de commerce. Cette rue qui repousse les pauvres toujours plus loin, qui rase des quartiers populaires et leur mémoire pour les transformer en quartiers bourgeois sans leurs habitant·es d’origine. Ces rues populaires dans lesquelles les plus riches investissent parce que c’est trendy et où les pauvres n’ont plus les moyens de se nourrir, de se loger, d’accéder aux espaces. Cette rue où le rythme et la façon de vivre des marginaux n’est pas en adéquation avec la norme jusqu’à être punie, empêchée, interdite. Comme pour les coiffeur·euses africain·es de Château d’Eau (Paris) qui, suite à une “mobilisation” de nouveaux riverains bourgeois et blancs, se voient dans l’obligation de fermer plus tôt car « le bruit et l’odeur dérangeraient les nouveaux habitants »...
« Le bruit et l’odeur », comme dans ce célèbre discours raciste et classiste de Jacques Chirac en 1991, dans lequel il décrivait de manière stigmatisante et clichée des habitant·es immigré·es de quartiers populaires face à leurs voisin·es blanc·hes. On voit ici une rhétorique coloniale, un besoin de mater les marginaux, de les silencier, de ne pas les voir et même ne pas les sentir.
Les plus aisé·es, investissent dans nos quartiers, car c’est moins cher, prennent nos codes, nos accents, nos argots, nos modes, nos musiques, notre culture, les commercialisent et nous en éjectent.
Contre cette dynamique, nous reprendrons toute la place physique, sonore et olfactive. On se réappropriera, sans peur, sans adaptation, sans politesse, la rue, comme espace de liberté. En hommage au milieu hip-hop, dans lequel la plupart d’entre nous avons grandi·es et évolué·es : « Faites du bruit ! ». On fera preuve de nuisances sonores et olfactives comme ode à la vie. Pour contrer ce monde mortifère. On déambulera avec nos corps stigmatisés, on amènera le public à nous suivre et on encouragera celles et ceux qui se reconnaissent en nous à prendre la place.
Le boucan c’est le vacarme assourdissant, boucaner c’est une façon de cuire des aliments en les enfumant en Caraïbes et qui viendrait des premier·es habitant·es puis transmise aux esclaves noir·es, emboucaner c’est noircir, se faire enboucaner c’est se faire avoir, s’emboucaner c’est s’embrouiller. Alors nous, on rajoute le -ment, comme dans enjaillement, mot nouchi* qui veut dire s’amuser. L’amusement. Pour nous, « l’enboucanement » c’est prôner le bruit plutôt que le silence, le mouvement plutôt que l’arrêt, la puanteur plutôt que le parfum, la saleté plutôt que la propreté, c’est le franc parler face à l’hypocrisie, le désordre contre les ordres. On se moquera des vrais monstres à discours, ceux qui veulent nous nettoyer au karcher, ceux qui pensent qu’on traverse la rue pour trouver un travail. On rendra hommage aux habitant·es chassé·es de chez eux/elles, à leur rue, à leurs trottoirs, à leur histoire, à leur mémoire ! On existera, criera, puera. Sans concession.
*Nouchi : langue populaire ivoirienne inspirée du Français, de l’Anglais et des langues ivoiriennes.
La Colombe enragée est une compagnie de danse contemporaine toulousaine évoluant principalement pour et dans l’espace public.
Créée en 2016, elle est centrée autour du travail chorégraphique de Maryem Dogui.
La compagnie cherche à diffuser l’expression artistique, la danse et le rap auprès de publics souvent marginalisés et à se réapproprier certains espaces moins investis notamment par les personnes minorisées.
Ses membres aspirent à transformer des lieux de passage ou d’attente en lieux de rencontre, de découverte et de poésie tout en visibilisant des vécus et expériences souvent peu ou mal représenté·es.
Alliant arts du mouvement et de la parole, ses créations révèlent et interrogent nos codes, nos habitudes, nos fonctionnements et les systèmes dans lesquels nous évoluons, tout en créant du lien entre les habitant·es, à travers diverses actions de médiation (ateliers, résidences de territoire, créations participatives, etc.).
Soutiens :
Arto, l’Usine, Eurek’Art, Le Tracteur, La Petite Pierre, Théâtre du Grand Rond, Melando, ADEMASS, L’Espace Germinal, Le Carroi - Menetou-Salon, DAC Blagnac
